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Les cloches des églises en BORELAIS

La première phase des travaux menés de façon efficace et remarquable par la commune d'Ath dans l'église de Lanquesaint touche à sa fin. Le clocher nettoyé résonnera et les cloches électrifiées ponctueront le temps qui passe. C'est l'occasion pour moi de vous convier à une petite ballade auprès de chacun de nos chers clochers qui nous rappellent que Dieu habite parmi nous.

Ayant récolté quelques renseignements me voici tout disposé à vous livrer quelques informations et à raviver des souvenirs. Ceux qui ont d'autres renseignements ou documents sur les cloches peuvent me les faire parvenir en toute confiance. Commençons par Lanquesaint, pour ensuite nous diriger vers Isières, de là nous rendre à Rebaix, gagner Ostiches et finir à Bouvignies.

Lanquesaint

Clocher de LanquesaintC'est en me rendant avec les ouvriers de la commune dans la tour que j'ai voulu lire les inscriptions sur les cloches. J'ai été surpris de voir que nous avions deux cloches historiques et une de 1951.

La plus grosse porte la date de 1560: la cloche fut fondue par Peter Vanden Ghein de Malines: elle se nomme Maria. Elle sonne pour les deuils et pour la première volée de la messe. La deuxième cloche a été placée à Lanquesaint en 1951, destinée à remplacer une cloche enlevée le 25 août 1943 par la guerre. Elle se nomme Marie Clovis Aimée. Parrain: Clovis Bonnier Van Lierde; Marraine: Marie Delmée Deltenre.

La troisième fondue par F.J. Flincon en 1778 se nomme Françoise Thérèse, revenue fortement endommagée de la guerre, elle est hors d'usage.

Isières

Clocher d Isieres

Le 22 février 1953, sous le pastorat de l'abbé Vandewattyne, Monseigneur Himmer se rendit à Isières pour y bénir deux nouvelles cloches remplaçant celles enlevées par l'occupant en 1943.

La grosse pèse 690 Kg. Sur cette cloche qui sonne pour les deuils et la première volée de la messe on peut lire: "Dédiée à St Pierre" "Je prie Dieu, j'appelle les vivants, je pleure les morts, je m'appelle Georges". Parrain: Georges Dubois, aucune marraine n'y est mentionnée.

La moyenne pèse 605 Kg. On peut y lire: "Je lance des appels à la foi, à la joie comme au deuil" "Je m'appelle Léonce Marie". Parrain: Léonce Mollet; Marraine: Marie Desmarlières.

La petite cloche est celle que l'occupant n'a pas emportée: elle date de 1817 et fut fondue par une famille de Haute Marne, les Drouot. A cette époque, les cloches étaient fondues sur place. Elle se nomme Monique Joseph. Elle a pour parrain Jean Delaunoy et pour marraine Monique Dubois.

La chapelle de la Cavée à Isières possède une petite cloche de 1651. fondue par la famille Petifour, originaire de la région mosane. Sur la cloche il est inscrit en latin: Sainte Marie priez pour nous. Parrain: Adrien de Lens; Marraine: Barbara Cordier.

Rebaix

Clocher de Rebaix

Le 21 juillet 1952, sous le patronat de l'abbé Deroubaix, le doyen Materne d'Ath se rendit à Rebaix pour y bénir deux nouvelles cloches fondues à Tournai par Michiels; cloches remplaçant celles enlevées par l'occupant le 17 juillet 1943.

Sur la cloche d'un poids de 509 Kg on peut lire "J'ai été bénite pour chanter la gloire de Dieu, je m'appelle Marthe Georgette". Parrain: Georges Bonamy; Marraine Marthe Masy.

Sur celle d'un poids de 375 Kg on peut lire: Mariette Marcelle est mon nom de baptême, avec Marthe Georgette nous remplaçons mes soeurs enlevées par les Allemands. Parrain: Marc Chevalier; Marraine: Mariette Pirson.

La grosse cloche de 600 Kg est une cloche historique, elle date de 1779 et fut fondue par la famille Cheversoson Simon, des fondeurs ambulants originaires de Lorraine. Elle ne fut pas emportée par l'occupant en 1943.

Dans chaque clocher de nos cinq villages, il semble qu'ils y laissaient au moins une cloche, la cloche avait aussi un aspect utilitaire public, c'est elle qui donnait l'alarme au temps ou les sirènes n'existaient pas. La sonnerie d'alarme s'appelait le tocsin. Cette cloche historique de Rebaix s'appelle Jacqueline Joséphine. Parrain: Joseph François; Marraine: Marie Jacqueline Delis. Elle sonne pour les deuils et la première volée de la messe. C'est également sur cette cloche que sonnent l'heure et la demi-heure.

C'est l'occasion de vous faire savoir que grâce à la bonne collaboration entre les fabriques et la commune, nos cinq clochers sont reliés par une petite antenne à l'horloge atomique de Francfort. Il est donc agréable de constater que dans nos cinq villages l'heure et le demi-heure sonnent vraiment à l'heure exacte. Nous n'avons plus besoin de l'horloge parlante.

Ostiches

Clocher d Ostiches

C'est sous le régime Français au seuil des années 1800, alors qu'Ostiches appartenait donc au départment de Jemappes, que furent commandées et fondues, probablement sur place, les trois cloches de l'église.

Peut-être étaient-elles destinées à remplacer des cloches détruites par la révolution.

Louis François Regnault et Joseph Haberts son neveu, tous deux originaires de Haute Marne se chargèrent du travail. Une première cloche, Catherine, est toujours en fonction. Elle a pour parrain Maximilien Deltenre et pour marraine Catherine Moreau.

Une deuxième cloche, Séraphine, toujours également en fonction a pour parrain Isidore Coupez et pour marraine Séraphine Deltenre.

Une troisième cloche se nommait Jeanne. En 1942, l'abbé Acheroy, curé d'Ostiches, apprenant que l'occupant procède à l'enlèvement des cloches des églises décide d'enlever et de dissimuler une cloche: Séraphine. L'abbé prenait un grand risque, son geste aurait pu être dénoncé aux autorités ce qui lui aurait attiré de funestes représailles..

Le 4 septembre 1944, elle sera replacée dans le clocher. C'est le 3 septembre 1943 que l'occupant enleva la cloche Jeanne en laissant Catherine à sa place.

En 1948 le ministre de la reconstruction fait savoir que la cloche volée sera remplacée par une nouvelle cloche fondue avec les débris retrouvés de l'ancienne.

Cette nouvelle cloche sera consacrée par Monseigneur Lecouvet le 31 août 1952. Elle se nomme Jeanne Marie, parrain: Georges Denoubourg; marraine: Marie Quievy.

La cloche est d'abord placée sur un trépied dans l'église, ou elle est garnie de fleurs. Monseigneur Lecouvet procédera aux rites de consécration qui consistent notamment à asperger abondamment la cloched'eau bénite, de l'oindre avec le Saint Chrême, de placer l'encensoir fumant au dessou d'elle. Comme pour une personne vivante un parrain et un marraine sont donnés à la cloche.

Ce fut l'occasion pour Monseigneur Lecouvet de remettre la médaille de Saint Elheuthère au sonneur Arthur Ballot. L'office de sonneur était autrefois un véritable métier rémunéré par la fabrique d'église. A l'époque où les cloches n'étaient pas électrifiées les sonneurs les faisaient sonner plus souvent pour des périodes de plus courtes durées.

Ainsi par exemple dans les campagnes il y avait une coutume de sonner deux volées de cloches pour la messe dominicale. Une demi-heure avant, une première volée avec une cloche pour "pré-annoncer" l'office et ensuite un quart d'heure avant, plusieurs cloches pour une seconde annonce. C'était le signal qu'il fallait cette fois faire diligence pour ne pas manquer l'office.

Cette façon de faire s'est parfois maintenue longtemps dans certains villages.

Bouvignies

Clocher de BouvigniesLe clocher de Bouvignies possède une seule cloche de volée. Je n'ai pas trouvé de traces de l'enlèvement d'autres cloches par l'occupant.

Cette cloche porte l'inscription suivante; "Modeste Caudrelier, curé de Bouvignies Marie Julienne Lemaire, veuve de M. Francqué Faite par Habert et Drouot en l'an 1820". Ce sont deux familles de fondeurs ambulants originaires de Haute Marne.

Le samedi 16 juin 1992 sous le pastorat de l'abbé Desmons fut inauguré le carillon composé de quatre cloches. Ces quatre petites cloches dépourvues d'inscriptions ont été fondues par la firme hollandaise Eysbouts. Le carillon interprète à l'heure et à la demi-heure la mélodie de "Westminster".

Angelus

Nous terminons ainsi le parcours de nos clochers du Borelais. Je remercie celles et ceux qui m'ont encouragés et transmis des informations. En final je vous livre un historique de la sonnerie de l'angelus qui sonne dans certaines paroisses.

L'angelus est une sonnerie de dévotion en l'honneur du mystère de l'Incarnation du Christ et en l'honneur de la Vierge Marie. Les franciscains l'ont instauré au XIIIème siècle.

On rapporte qu'au cours d'un voyage dans les pays musulmans Saint François et le Bienheureux Benoit d'Arezzo furent frappés par la façon dont les gens étaient convoqués à la prière par la voix du muézin.

Rentrés en Occident ils eurent l'idée de faire honorer le Christ matin, midi et soir par la prière de l'angelus. Le texte de la prière de l'angelus est d'une grande valeur puisqu'il cite l'Evangile de l'annonciation ainsi que le prologue de Saint Jean.

Le premier verset de l'angelus commence par "l'ange du Seigneur a annoncé à Marie, et elle a conçu du Saint Esprit. La cloche sonne trois coups et se tait pour qu'on puisse réciter un "je vous salue Marie" et ceci entre chaque verset.
Deuxième verset: voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole.
Troisième verset: Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous.

Réponse: Priez pour nous Sainte Mère de Dieu afin que nous soyons dignes des promesses de Jésus Christ.

La prière se termine par cette oraison durant laquelle la cloche sonne à la volée pour manifester la joie de l'humanité d'être visitée par le Christ:

Répands Seigneur ta grâce en nos âmes, afin qu'ayant connu par le message de l'ange l'Incarnation de ton fils bien aimé nous soyons conduits par sa Passion et par sa Croix jusqu'à la gloire de la Résurrection par le Christ Notre Seigneur.

L'angelus a eu également un aspect fonctionnel, il était pour beaucoup dans les campagnes le signal du début de l'ouvrage, celui de la pose de midi et de la fin de travail au début de la soirée.

Abbé Marc Lamotte